La muse tend l'oreille à la musique de Marsyas mais s'en détourne pour mieux entendre celle d'Apollon... L'artiste a donné à Marsyas des attributs empruntés à plusieurs légendes concernant l'art de la flûte : ses oreilles d'âne sont empruntées à la légende de Midas, le roi de Phrygie qui, selon la légende, avait donné la préférence à Pan dans le conflit musical qui l'avait opposé lui aussi à Apollon. Car c'est Pan qui, le premier, a osé défier le dieu solaire en prétendant, devant les nymphes du pays, que les sons de ses pipeaux rustiques étaient plus mélodieux que ceux de la lyre. Apollon, acceptant le défi, avait cette fois donné le rôle d'arbitre à Midas et le roi de Phrygie avait imprudemment jugé en faveur de Pan, qui était son ami. Pour le punir de sa sotte vanité, de son mauvais goût et de son ignorance, le dieu des arts, de la poésie et de la musique affubla le roi de Phrygie d'une paire d'oreilles d'âne. Humilié, Midas dissimulait ses oreilles d'âne sous une lourde tiare mais il ne les pouvait cacher à son coiffeur. Il exigea donc de celui-ci qu'il prête le serment de ne jamais révéler son secret mais le barbier, incapable de garder le silence absolu, se rendit dans un endroit écarté, creusa un trou dans la terre et y murmura tout bas : "Le roi Midas a des oreilles d'âne". Il boucha le trou puis partit, convaincu de ne pas s'être parjuré et soulagé du fardeau du secret. Or voilà que, quelque temps plus tard, des roseaux, poussés à cet endroit, répétaient dans le vent les paroles magiques que lui avait confiées le coiffeur de Midas. Le sculpteur a représenté, derrière les jambes de Marsyas, la syrinx, elle-même faite de roseaux, instrument lié au culte de Pan, et le lituus, la trompette courbe, instrument d'origine phrygienne sans doute, comme Marsyas ? Le "mode phrygien", dont l'invention était attribuée au musicien phrygien Marsyas, était en tout cas le mode sur lequel on jouait de la trompette. Quant à la tête de loup qui attache le manteau de Marsyas, il témoigne de sa bestialité dionysiaque opposée à la sérénité apollinienne. |